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Infirmier en milieu carcéral

18 février 2019 |

Métiers de la santé
Infirmier en milieu carcéral, Roch-Etienne Noto-Migliorino

Pendant 6 ans, Roch-Etienne Noto-Migliorino, cadre hospitalier et formateur en soins infirmiers à l'AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) a été infirmier à l'Unité de consultations et de soins ambulatoires de la prison de Fresnes. Il est l'auteur de l'ouvrage "Infirmier en milieu carcéral : accompagner, soigner, réinsérer". Témoignage.

 

Comment devient-on infirmier en milieu carcéral ?

Titulaire d’une formation d’aide-soignant puis d’infirmier, j’ai exercé pendant plusieurs années à l’AP-HP. En 2003, après douze années passées en milieu hospitalier, j’avais envie d’exercer en dehors de l’hôpital. J’ai échangé avec le DRH du CHU Bicêtre qui m’a parlé de l’UCSA (Unité de consultations et de soins ambulatoires)   de la prison de Fresnes, rattachée à Bicêtre.

Mon expérience, mon profil polyvalent - j’avais travaillé dans plusieurs types de services : médecine, bloc opératoire, psychiatrie… - et le fait que je sois un homme pouvaient correspondre aux besoins de cette unité de soin.

Pour être honnête, je n’imaginais pas que les prisonniers avaient une prise en charge spécifique. Je n’avais jamais entendu parler des UCSA.

Il m’a proposé d’aller passer une journée en immersion pour me faire une idée. J’ai immédiatement senti que j’étais dans mon élément.

Quelles sont les missions d’un infirmier en prison ?

L’infirmier assure des soins généraux : prélèvements sanguins, injections d’insuline pour les diabétiques, pansements, surveillance des paramètres vitaux, suivi des personnes atteintes de maladies chroniques et en sevrage (tabac, alcool, substances illicites…) ; et des soins d’urgence : bagarres, chutes, tentatives de suicide…

Il a aussi un rôle éducatif et préventif auprès des personnes incarcérées.

Il est le premier contact des détenus avec l’unité sanitaire. En effet, tous les détenus sont vus par un infirmier avant de monter dans les divisions. Pour certains, la prison est le premier parcours de soin de leur vie. Ces entretiens permettent de recueillir des données sur le détenu et de lui présenter le fonctionnement de l’UCSA.

Existe-t-il des pathologies spécifiques au milieu carcéral ?

On retrouve toutes les pathologies du milieu hospitalier et quelques spécificités dues à l’environnement carcéral. Par exemple des pathologies ophtalmiques qui peuvent se développer en prison en raison d’un horizon très restreint qui réduit l’angle de vision ou encore des cas d’obésité : les détenus mangent assez mal et font très peu d’exercice. On observe aussi de plus en plus de troubles cognitifs en raison du rallongement du délai de prescription et de ce fait, l’incarcération d’un public vieillissant qui souffre de maladies comme Alzheimer.

Enfin, je pourrais citer aussi des pathologies en lien avec le manque de stimulation intellectuelle comme la perte de mémoire ou encore des pathologies liées aux troubles du sommeil.

Quelles sont pour vous les principales difficultés à travailler en UCSA ?

Je pense que la principale difficulté est de regarder le détenu comme une personne qui a besoin de soins quel que soit son délit. Il faut absolument être et rester dans la neutralité.

Soigner en prison exige absolument une manière d'être et un vrai choix. L'écoute doit être respectueuse de toutes les contradictions qui peuvent se manifester au gré des entretiens avec les patients. L’infirmier n’est le sauveur de personne.

Je citerai aussi la question du suicide, notamment chez les jeunes et chez les détenus de longue durée, juste avant leur sortie.

Et les qualités indispensables ?

Il faut s’intéresser à l’autre, avoir une grosse capacité d’écoute, tout en conservant la bonne distance. Il n’y a pas de place pour la connivence en UCSA. Il faut pouvoir comprendre le patient même si l’on ne partage pas ses valeurs.

Infirmier en milieu carcéral nécessite d’avoir une très bonne connaissance de son métier, être autonome, tout en sachant travailler en équipe. Le travail d’équipe est primordial en rétention. La prise en charge individuelle ne doit pas exister. C’est d’ailleurs ce travail de groupe qui permet de tenir et fait la force de ce métier.

Et les joies ?

Lorsque des patients évitent le suicide, lorsque des détenus nous font part de bonnes nouvelles à l’intérieur d’une vie extrêmement compliquée… 

Je me suis réjouis lorsque des personnes incarcérées étaient libérables, et qu’elles passaient nous voir avant de partir.

J’ai énormément apprécié le travail en équipe, très stimulant et passionnant sur le plan professionnel. J’ai beaucoup appris sur l’humain, notamment que le "monstre" est quelqu’un d’ordinaire.

Je pense qu’en tout homme il y a toujours une part d’humanité, même s’il faut parfois aller la chercher très loin.

Paquerette Grange

Zoom sur l’UCSA

Depuis 1994, la prise en charge sanitaire des détenus incombe aux services hospitaliers, et non plus aux établissements pénitentiaires eux-mêmes. Elle a été confiée aux unités de consultation et de soins ambulatoires (UCSA). Il s’agit d’un service hospitalier dédié à la prise en charge des détenus au sein des maisons d'arrêt et des centres pénitentiaires.

Concrètement, chaque établissement pénitentiaire est jumelé avec un établissement hospitalier. Ce jumelage donne lieu à une convention par laquelle l'établissement hospitalier s'engage à assurer les consultations courantes des détenus au sein des établissements pénitentiaires.

Les missions des Unités Sanitaires du Dispositif de Soins Sanitaires se déclinent en 4 axes :

  • assurer les soins en milieu pénitentiaire ;

  • assurer la prise en charge hospitalière par l’accueil hospitalier ;

  • favoriser le suivi des soins médicaux après la détention par la coordination d’actions avec tous les partenaires concernés ;

  • développer la prévention par des actions d’éducation à la santé.

Infirmier en milieu carcéral : accompagner, soigner, réinsérer

Cet ouvrage apporte un éclairage concret sur la prise en charge infirmière des détenus au sein des unités sanitaires (UCSA).

« Ce livre est mon témoignage : je voudrais faire découvrir aux professionnels et aux étudiants infirmiers une manière de considérer l’autre, de se situer dans la relation, une philosophie du soin, un savoir-faire, des valeurs. En prison, nous sommes confrontés à des situations si variées que nous devons sans cesse nous adapter, toujours réinventer la relation. Chaque personne a son histoire, personnelle, judiciaire, qui colore la relation. Il existe très peu d’ouvrages. J’ai pensé que mon expérience pourrait être utile à d’autres. Cela peut aussi intéresser des intervenants très divers du milieu carcéral comme les enseignants, surveillants, visiteurs, aumôneries, associations, bénévoles, sans oublier les familles… C’est la vie carcérale telle qu’elle est vue par le regard d’un soignant donc partiel, certes, mais réelle. »

2e édition 06/2018 – Elsevier Masson

 

 

 

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