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A quoi ressemblera l'hôpital du futur ?

3 décembre 2018 |

Santé
hôpital du futur, robotique, réalité virtuelle, télémédecine

Intelligence artificielle, robotique, réalité virtuelle et augmentée, outils de la télémédecine... L'évolution accélérée des nouvelles technologies n'a pas fini de bouleverser la médecine et le milieu hospitalier. Que nous réserve l'hôpital du futur ? Plus numérique, plus intelligent, plus agile mais finalement plus humain, c'est ce que nous expliquent les experts que nous avons rencontrés.

 «L'hôpital du futur ressemblera à tout, sauf à ce que l'on connaît aujourd'hui ! »

Guy Vallancien, est chirurgien et universitaire français, membre de l'Académie nationale de médecine et membre de l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST).

VALLANCIEN Guy photo C.Hélie Gallimard COUL 3 04.15_0.jpg

Il a fondé et présidé la Convention on Health Analysis and Management (CHAM).

Auteur de l'ouvrage La médecine sans médecin ? Le numérique au service du malade et de Homo Artificialis : Plaidoyer pour un humanisme numérique, il explique comment et pourquoi les nouvelles technologies vont changer la médecine et notre système de santé. Rencontre.

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A quoi ressemblera pour vous l'hôpital du futur ?

Pour moi, l'hôpital du futur ressemblera à tout, sauf à ce que l'on connaît aujourd'hui !

On peut imaginer demain un hôpital hors les murs, dans une logique de partenariats ouverts avec les maisons de santé, les libéraux… Les centres hospitaliers seront remplacés par des Groupes médico-universitaires qui inonderont les territoires.

Le recours massif aux technologies médicales, que ce soit les robots chirurgiens, les applications de santé, les outils de la télémédecine  l’imagerie médicale ou simplement les ressources de l’informatique, devra permettre au médecin de déléguer à des techniciens, des infirmières, mais aussi aux malades eux-mêmes, de nombreuses tâches qui lui incombaient jusqu’alors.

Il pourra ainsi se recentrer sur sa principale activité : l’écoute, l’accompagnement et la décision. Le reste de l’activité médicale, du geste technique au suivi administratif, sera assuré par la technologie elle-même ou par des professionnels du soin non-médecins. L’avènement de ce que j’appelle la “média-médecine” reposera en effet sur la valorisation et l’intégration des métiers paramédicaux, mais aussi sur la création de nouveaux métiers, notamment des opérateurs ingénieurs entièrement dédiés à l’usage des technologies. Pour cela, il est nécessaire de réformer en profondeur le monde médical, depuis la formation de ses acteurs jusqu’à leurs modes de rémunération, en passant par la définition même de leurs rôles respectifs pour impulser une nouvelle dynamique.

Comment l’hôpital du futur peut-être à la fois plus technologique et plus humain ?

L’évolution accélérée des technologies bouleverse la médecine et notre système sanitaire. Nous assistons à l’émergence d’une médecine médiatisée par le recours aux capacités de l’ordinateur, que l’on retrouve de la génétique à la robotique chirurgicale, en passant par la télémédecine et les communautés de malades. 

La robotique, notamment, va libérer du temps pour la relation humaine, et l’on sait combien c’est un élément clé dans le processus de guérison.

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L’informatique et les données sont de formidables atouts, je prendrais l’exemple de l’hôpital d’Antony dans les Hauts-de-Seine qui a réussi à fluidifier ses urgences, grâce à une bonne organisation et avec l’aide de l’informatique, pour mieux anticiper.

Que pensez-vous d’initiatives comme le Health tech center (1) ouvert à la fin de l’été à Paris ?

C’est une initiative intéressante que je salue. Néanmoins, s’il n’y a pas de moyens financiers pour soutenir ce type de projet innovant en France, on continuera à faire du saupoudrage. Citez-moi une start-up française devenue un géant mondial ? C’est très simple : il n’y en a pas et pourtant nous avons les meilleurs ingénieurs en France. Mais ils ne restent pas.

Quelles initiatives françaises actuelles dans le secteur de la santé retiennent votre attention ?

Je pense à Bee.buzziness, une société grenobloise qui a développé un modèle de dossier médical personnel exceptionnel de fluidité. Ou encore Theraclion qui a développé des ultrasons thérapeutiques. Ils commencent à vendre leurs appareils à l’étranger mais on leur refuse aujourd’hui la vente en France.

Faut-il avoir peur des avancées technoscientifiques ?

Non ! L’intelligence artificielle, par exemple, est, pour moi, le futur bras droit des médecins. Libérons nos neurones et allons vers plus de créativité, plus d’empathie. N’ayez crainte, la décision restera humaine. Je crois au fait que nous apprendrons à utiliser ses outils, tout en conservant l’essentiel, notre intelligence émotionnelle.

Nous avons les moyens d’une médecine à la fois plus efficace et plus humaine qui assurera ainsi la pérennité du système de santé français. Sachons les saisir, au lieu de nous enfermer dans la défense de routines dépassées.

 (1) centre de recherche en e-santé basé à Paris où seront développés les outils du cabinet et de l'hôpital du futur pour dégager du temps médical au médecin pour fluidifier le parcours de soins des patients.

Un avatar piloté par la pensée pour soigner les handicaps

Le CHU de Nantes  en partenariat avec l’École Centrale de Nantes et le groupe international Onepoint viennent de mettre au point un avatar piloté par la pensée pour soigner les patients atteints d’un handicap. Les explications du docteur Vincent Roualdes, neurochirurgien au CHU en charge du projet.

Comment est né ce projet d’avatar ?

Nous travaillons avec Aurélien Van Langhenhove, ingénieur de recherche au CHU, sur des interfaces cerveau-ordinateur depuis 2007, sur différentes thématiques. Nous avons repris notre collaboration en 2013, date à laquelle Aurélien a été intégré au CHU.

Nous avons, l’an passé, présenté à la Nantes digitial week, un projet de drone piloté par la pensée à partir de l’activité cérébrale. Concrètement, il s’agit d’un casque relié à un ordinateur. Des algorithmes permettent ensuite d’analyser en temps réel le signal électrique produit par l’activité cérébrale. Pour ce projet, nous avons adapté des algorithmes existants afin de mettre au point un système robuste capable de contrôler un drone de manière tridimensionnelle avec un large panel de commandes, et accessible à tous.

En parallèle, nous menions notre projet d’avatar. En combinant BCI (interfaces cerveau-ordinateur), intelligence artificielle et design thinking, nous avons développé un système permettant d’analyser l’activité cérébrale d’une personne au moyen d’un casque électro-encéphalographique, et d’interpréter ses “intentions de mouvement” en les retranscrivant grâce à un avatar virtuel avec, à la clé, un réel intérêt thérapeutique.

Quelles sont les débouchés possibles ?

Les débouchés dans le domaine médical sont nombreux : traitement des douleurs de membres fantômes ou encore gestion des handicaps. Cette expérimentation permet d’étudier la vitesse de rééducation et l’acceptation des traitements par les patients, voire même de proposer des exercices thérapeutiques aux personnes souffrant de troubles neurologiques.

Néanmoins, les systèmes non invasifs comme les casques ont des limites majeures liées à la qualité du signal. Un dispositif intracrânien permet d’obtenir beaucoup plus d'informations. Nous estimons que, techniquement, ces applications médicales ne seront pas opérationnelles avant cinq ans. Les délais sont longs. Mais cela s’explique par la rigueur nécessaire et imposée par la réglementation sur la recherche clinique. Nous allons lancer des essais cliniques en 2019.

Nous sommes aujourd’hui en contact avec le CHU de Grenoble Alpes qui a développé un implant cérébral en phase d’essais cliniques.

Comment imaginez-vous l'hôpital du futur ?

Il est difficile d’avoir une vision précise. L’explosion technologique sera exponentielle dans les 15 prochaines années. Pour moi, l'hôpital du futur va axer une grande partie de ses activités sur la prévention. La big data permettra d’anticiper les maladies grâce à l’intelligence artificielle. Seront conservées dans l’hôpital tel qu’on le connaît aujourd’hui : la maternité et la traumatologie. Le médecin aura un rôle finalement plus humain qui permettra plus de créativité et moins de routine.

Des innovations au service des malades et des soignant.e.s

Des humanoïdes pour tenir compagnie aux patients, stimuler leur cerveau, favoriser l’interaction sociale… Un “robot conversationnel” (ou chatbot) capable d’échanger par SMS avec les patients avant et après leur hospitalisation en ambulatoire. Des lunettes de réalité virtuelle pour soulager la douleur ou traiter des phobies.

L’intelligence artificielle 

pour mutualiser le plus grand nombre de données génomiques provenant d’experts du monde entier pour créer une intelligence collective et participer au diagnostic de milliers de patients… La liste des innovations technologiques au service de la médecine est longue.

Le monde médical de demain commence aujourd’hui et bouleverse déjà les usages des soignant.e.s et des malades.

Dossier réalisé par Paquerette Grange

 

85 % des Français pensent que le numérique améliorera le parcours du patient à l'hôpital et la plupart des nouveaux outils et usage numériques testés suscitent bien plus d'espoirs que de craintes.

53 % à 83 % des Français plébiscitent l'utilité pour le patient des outils et services numériques qui se développeront à l'avenir. C'est tout particulièrement le cas des outils et services ("appli" et web) en lien avec les prises de rendez-vous ou le suivi des traitements.

Source : Baromètre santé 360 - L'hôpital de demain

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