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Prévention

Gestes et postures : c'est au travail de s'adapter à l'homme et non l'inverse

25 juillet 2019 |

Prévention
gestes et postures, prévention métiers de la santé

Depuis des années, la maîtrise des "gestes et postures" est enseignée aux professionnels de l'aide et du soin pour prévenir les TMS (troubles musculo-squelettiques) et chutes liés aux manutentions de personnes. Pour Carole Gayet, pilote de la thématique Aide à la personne à l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), il est temps d'aborder ces risques autrement et d'enclencher une véritable "révolution culturelle" de la prévention dans les métiers de la santé et du médico-social.

Où en est-on en matière de prévention des risques liés à l'activité physique pour les professionnels de l'aide et du soin ?

Depuis longtemps, l'approche dominante est de leur proposer des formations de type "gestes et postures". Autrement dit : apprendre à déplacer ou porter un patient en se protégeant du mieux possible. Or, cela fait quelque temps déjà qu'à l'INRS nous remettons en question cette terminologie car elle sous-entend qu'il y aurait des bons et des mauvais gestes, des bonnes et des mauvaises postures... Ce qui va à l'encontre de l'un des principes généraux de prévention, à savoir qu'il faut adapter le travail à l'homme et non l'inverse ! C'est pourquoi nous faisons évoluer la formation PRAP 2S (1).

 

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Sur quoi porte cette évolution ?

J'ai suivi, fin 2017 au Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph (GHPSJ), une formation au "soin de manutention". Leur approche innovante m'a fait l'effet d'un déclic ! Considérée comme un soin à part entière, la manutention repose sur une évaluation préalable des capacités de la personne. Elle prend pour grille de lecture "le déplacement spontané", c'est-à-dire les mouvements successifs que l'on effectue naturellement pour se mettre debout, se rehausser dans son lit, etc. Ensuite, le professionnel n'a plus qu'à introduire une aide technique pour pallier la capacité qui fait défaut. Cela paraît évident, mais ce n'est pas comme ça que la grande majorité des soignants ont été formés jusqu'à présent ! Il faut dire que cela va à contre-courant d'une certaine culture métier qui considère que "prendre soin" implique de donner physiquement de sa personne. Or, il y a urgence à aborder les choses autrement : pour la santé des professionnels du soin, mais aussi pour le bien-être des patients.

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Carole Gayet

Prévenir TMS et chutes, tout en redonnant du confort physique au soignant comme au patient, c'est aussi remettre la relation humaine au premier plan. Carole Gayet, INRS

En quoi cette nouvelle approche influe-t-elle sur votre offre de formation ?

L'évolution de nos dispositifs de formation continue, dont le PRAP 2S, est en cours. Avec l'appui du GHPSJ, l'INRS formera les organismes habilités à les dispenser afin d'intégrer aux futurs programmes la démarche d'évaluation des capacités du patient. Objectif : un déploiement en 2020 sous l'intitulé Accompagner la mobilité en prenant soin de l'autre et de soi. En parallèle, dans le cadre de la révision du référentiel de la formation initiale des aides-soignants, nous avons aussi sensibilisé le ministère de la Santé à ces enjeux.

Enfin, une prévention efficace suppose que les soignants aient les bonnes aides techniques à disposition. Encore plus en amont, il s'agit donc de travailler avec les fabricants pour que les matériels soient adaptés à l'activité et aux locaux.

Céline Collot

CAS PRATIQUE

Le rehaussement au lit

Selon les capacités du patient, il y a toujours une assistance adaptée. S'il a de la force dans les bras et pas dans les jambes par exemple, un drap de glisse peut être placé sous les zones de frottement et, grâce aux réglages de la poignée de traction, il va pouvoir se rehausser seul, sans aucun effort contraignant pour le soignant. 

LE GHPSJ, inventeur du soin de manutention

A partir de 2006, Jean-Philippe Sabathé, ancien infirmier, devenu ergonome, a mis en place avec Bernard Venaille, cadre kinésithérapeute, le "soin de manutention" au Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph. Cette démarche prend pour axe le soin, avec un impératif : supprimer le port de charge dans les manutentions en faisant contribuer les patients selon leurs possibilités et en intégrant des outils d'aide. Depuis, près de 4 000 personnes ont été formées : le personnel en interne, les étudiants des écoles d'aide-soignants, d'auxiliaires et d'infirmières du GHPSJ et, en externe, les référents prévention TMS d'autres établissements. « Nous n'avons pas vocation à être un organisme de formation, prévient-il, on se positionne plutôt sur l'accompagnement et la R&D (recherche et développement) en matière de prévention.»

Depuis, le retour sur investissement a été mesuré. Exemple avec l'intégration des draps de glisse au GHPSJ en 2010 pour un investissement initial de 20 000 euros environ : le bénéfice évalué correspond au  nombre de jours d'arrêt de travail évités et son actualisation fin 2018 montre un bénéfice de plus d'1 million d'euros. On est passé de 650 jours d'arrêt par an liés au rehaussement des patients dans un lit à 25 jours sur les trois dernières années.

A noter que le GHPSJ travaille aussi en lien avec l'INRS et des fabricants pour améliorer les matériels à disposition des soignants. A ce titre, la motorisation des chariots et des lits d'hôpital est actuellement expérimentée.

La manutention est une démarche de soin que l'on construit de la même façon qu'un pansement, une injection ou une toilette. Jean-Philippe Sabathé, ergonome

(1) Prévention des Risques liés à l'Activité Physique, secteur sanitaire et social.

 

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